Ekiden de Pontault-Combault (3/6) : l’exploit en vue

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L’équipe féminine du SBA : Doinet, Marceau, Bazin Philippe, Lerideau, Marchal et Papazian. Photo : Julien BIGORNE / www.sportspassion95.fr

 

Dimanche 22 avril, 5h45. Ça y est, enfin le jour J. Mon GPS me fait visiter quelques sentes de Montmorency et de Deuil-la-Barre, à la lueur des réverbères. Sur la route du domicile de Roxane, je tente de chasser les scénarios catastrophes. La blessure de dernière minute. Le lapin qui tue. Mais à 6h, je n’ai même pas besoin de prévenir de mon arrivée. Roxane est déjà là. En chemin, je découvre en une vingtaine de minutes son parcours. Son formidable périple en Amérique du Sud au lendemain de ses études, son travail prenant à Paris, le souvenir fugitif d’une Ronde d’Enghien sur laquelle je l’avais photographiée avec sa sœur. Son envie de participer à son premier marathon au Mont-Saint-Michel.

L’origine de l’ekiden

J’évoque avec elle quelques-uns des bons moments que nous ont procurés l’Ekiden et le principe et l’histoire même de cette course créée au Japon en 1917. Le mot « Ekiden » est une combinaison de deux kanjis signifiant ‘‘étape’’ et ‘‘transmettre’’. Originellement, ce concept désignait le système postal archaïque du pays qui voyait des messagers se relayer pour acheminer le courrier. Le premier ekiden avait été sponsorisé par le Yomiuri Shimbun, un quotidien japonais, et dura trois journées. Il se disputa sur 508 km entre les deux capitales historiques du pays du Soleil-Levant, Kyoto et Tokyo. Par la suite, l’ekiden s’est disputé sur marathon avec un ordre de relais précis. C’est cette forme qui est apparue en Europe en 1992 puis en France en 1996, à l’occasion d’un Championnat de France de démonstration à Niort. Le témoin transmis entre les différents relayeurs garde alors sa spécificité légère : un bracelet ou un chouchou remplaçant le traditionnel ‘‘tasuki’’ (une écharpe en soie).

Le Sba pionnier

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André Luder, président de Saint-Brice Athlétisme (SBA) et organisateur du premier Ekiden de clubs en France. Photo : Julien BIGORNE / www.sportspassion95.fr

 

En 1997, André Luder est l’initiateur du premier Ekiden organisé en France par un club. Notre club, Saint-Brice Athlétisme, entre ce printemps-là, dans l’aventure de ce relais si riche en émotions. Il organise son épreuve de 1997 à 2008 et apporte son aide à la tenue du premier Ekiden de Taverny en 2003. Une compétition qui, dix ans plus tard, a accueilli le plus grand Championnat de France de la spécialité avec 150 équipes engagées.

J’évoque brièvement avec Roxane les raisons de notre premier projet Ekiden en 2017 : devenir le premier club valdoisien à qualifier quatre équipes aux Championnats de France, vingt ans après l’organisation du premier Ekiden de club dans la commune de résidence d’Edith Wharton et de Pablo Picasso.

Première rencontre

6h25. Nous retrouvons comme prévu Perrine, Célia et mon père devant mon domicile pour le départ vers Pontault-Combault, en Seine-et-Marne. Sur le trajet, il est question de BE Fitness, de travail en indépendant, de course. Je rappelle à Célia et à Perrine que pour se qualifier aux Championnats de France d’ekiden, il faut réaliser un chrono inférieur à 3h15. Le parcours roulant, mi-route mi-chemin, doit nous être favorable. À la question, pourquoi Pontault-Combault ? J’expose le côté affectif et pragmatique. Cette épreuve nous avait permis de qualifier trois de nos quatre équipes l’an dernier. De surcroît, nous avions remporté la compétition en 2h24. Et, puis, cette compétition est notre dernière chance de qualifier notre équipe féminine, car le calendrier de mai et juin ne nous permettrait pas d’engager en même temps quatre de six athlètes présentes venues du triathlon.

7h35. Arrivée à Pontault-Combault. Nous sommes tellement en avance qu’il n’y a pas de signaleurs pour nous barrer l’accès au petit parking du Burger King, bien pratique juste à côté du site de la course. Anne-Claire, Aurélie et Carole arrivent dans la même minute que nous. Première rencontre entre les filles. Essayage des maillots et des brassières. Nous entrons sur le parking du Décathlon, où nous récupérons les dossards. Cindy et son père nous rejoignent un quart d’heure plus tard. L’équipe est au complet.

8h10. Séance photos-souvenirs devant le Décathlon de Pontault-Combault. Puis, repérage de la transmission de relais et échauffement sur la route des Friches, la ligne droite de départ.

Le départ rêvé

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Départ de l’Ekiden de Pontault-Combault 2018. Photo : Julien BIGORNE / www.sportspassion95.fr

 

À 9h, le départ est donné sous un temps ensoleillé et une température douce de 16° C. Les premiers relayeurs des 58 équipes engagées s’élancent. L’objectif est clair : arriver au plus tard à 12h15, après 3h15 de course, pour se qualifier aux Championnats de France d’ekiden. Roxane flirte avec la première ligne, sur la droite de la chaussée comme je lui ai conseillé pour ne pas être tassé. Juste avant le départ, elle a discuté avec Laurent Gayaud, sociétaire de l’Us Olympique de Chelles et lui a confié vouloir faire 19 minutes. Si j’avais su ça…Dans les prévisions que je n’ai pas dévoilées, j’espère 20’30 à 21’00, me basant sur son chrono de 42’04 sur le 10 km populaire d’Enghien, une semaine plus tôt. Sur son relais, Roxane retrouve Stéphanie Pottier (licenciée à Val d’Europe, 4e des France indoor vétérans sur 3 000 m et créditée d’un temps de 39’27 sur le 10 km d’Aubergenville) ; Fanny Voirol (sociétaire de Pontault-Combault, qui sort d’un marathon de Paris en 3h48) et Edeline Coupart (membre de l’Us Nemours St-Pierre, qui reprend l’athlétisme après deux ans d’absence). Sur le papier, c’est donc Stéphanie Pottier, la référence. Le scénario ne tarde pas à le confirmer. À mi-parcours, Pottier, accompagnée de son coach à vélo, est en tête. Roxane, épaulée par Laurent Gayaud, suit à une dizaine de secondes. Les autres féminines sont déjà à plus d’une minute.

 

Le cadeau d’anniversaire de Roxane

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Roxane Doinet (SBA) 2e de son relais de 5 km en 20’00. Photo : Julien BIGORNE / www.sportspassion95.fr

 

La moto ouvreuse annonce l’arrivée du premier coureur. Cédric Gonthier (vice-champion de Seine-et-Marne du 5 000 m, dossard 43) transmet le relais en tête après 15’56. Nicolas Guy (Free Run 77, n°27) est 2e à 10 secondes puis Erwann Daniel (Free Run 77 mixte, n°31) est en troisième position à 1’40. Plusieurs équipes passent et la tension monte à l’approche des équipes féminines. Stéphanie Pottier, 9e au général, place Val d’Europe en tête en 19’28. Cette équipe, faisant office de favorite, avait réalisé l’un des 20 meilleurs chronos français sur ekiden la saison dernière. Mais la très bonne surprise vient de Roxane, qui réalise finalement son relais de 5 km en 20’00. Notre équipe est 2e du classement féminin à seulement 32 secondes de Val d’Europe. Je n’ai pas le temps de voir les écarts avec les autres équipes. Je rejoins tout de suite Roxane dans l’aire d’arrivée pour la féliciter. Laurent Gayaud (11e en 20’05) lui adresse une tape amicale sur l’épaule. Les filles sont ravies de sa prestation, qui nous met sur de bons rails pour la qualification. Comme prévu, mon père, garé sur le bas-côté de la rue de Paris, est prêt à la raccompagné en voiture jusqu’à son domicile, où elle pourra fêter ses 25 ans avec ses proches. En attendant, pour son anniversaire, elle s’est offert un joli chrono. Et peut-être sa première qualification à un Championnat de France. Ça, il faudra attendre encore un peu pour le savoir. Julien BIGORNE